Samedi 31 mars 2018 — Dernier ajout mercredi 2 mai 2018

Les Pardons Enregistrer au format PDF

De la tradition à l’évangélisation

Les touristes qui découvrent la Bretagne pour la première fois sont parfois étonnés par ces rassemblements autour d’une chapelle ou d’une église, donnant lieu à des animations inhabituelles. Le nom lui-même de « pardon » les interroge.

Abbé Le Forestier

D’où vient ce mot ?

Autrefois, le jour où l’on fêtait le St patron de leur chapelle ou de leur église, les gens du quartier ou de la paroisse se rassemblaient pour la messe qui se prolongeait à l’extérieur par une procession et un rassemblement autour d’un feu (le tantad). Avant que le recteur ne l’allume, les participants à la fête se demandaient pardon les uns aux autres pour tous les « accrochages » qu’il avait pu y avoir entre voisins tout au long de l’année. En se consumant, le tantad devenant cendres faisait oublier le mal qui avait pu être commis ; les danses bretonnes autour du tantad pouvaient être l’expression de la joie du pardon ; c’était une occasion de « remettre les compteurs à zéro » et de repartir du bon pied.

Aujourd’hui, les tantad sont moins fréquents. Le mot de « pardon » continue de désigner cette fête religieuse annuelle autour d’une église ou d’une chapelle, fête à laquelle la population locale est très attachée…. même pour les « non pratiquants » qui peuvent y participer au seul nom de la tradition.

Comme dans beaucoup d’actes liturgiques, il faut prendre en compte deux dimensions « la forme » et « le fond ».

La forme, c’est le cadre

Par exemple, le pardon de Lanvignec (Paimpol) ou de Kérégal (Plouha) a lieu tous les ans le lundi de Pâques : messe - procession - verre de l’amitié. Les gens rentrent dans la chapelle, assistent à la messe en reprenant quelques chants traditionnels, font le tour de la chapelle en procession, partagent le verre de l’amitié et retournent chez eux, contents d’avoir retrouvé ce qu’ils vivent parfois depuis leur enfance !

Si la « forme » est nécessaire, il ne faut pas oublier le « fond »

Est-ce que les personnes présentes ont pu faire un petit bout de chemin de Foi ? Peut-être que certaines ne viennent qu’une fois par an à une célébration chrétienne dans cette chapelle à l’occasion du pardon auquel elles sont attachées. Notre Dame de Bonne NouvelleQu’avons-nous fait pour qu’elles repartent en réalisant que Dieu les avait rejointes dans cette célébration ?

Perpétuer la forme, c’est facile, adapter le fond, c’est plus exigeant ce qui nous demande de sortir de la routine.

Cette réalité des pardons et leur impact a interpellé les équipes synodales et dans les Actes du Synode diocésain, plusieurs « lois synodales » y font allusion, en particulier la loi n° 4 :

Les pardons sont des moments importants pour l’évangélisation. On développera une animation spirituelle autour des pardons : témoignages, conférences, évènements musicaux, rencontres pour les jeunes ou les enfants, proposition de livres ou d’objets permettant une découverte de la Foi et une expérience spirituelle.

Cette loi synodale nous invite à chercher et à entretenir une « tradition » et surtout à redonner vie à son contenu. La seule reproduction de ce qui se faisait dans le passé, ne suffit plus. Il ne s’agit pas de profiter que les gens soient là pour les catéchiser à marche forcée, mais de leur permettre de vivre une expérience spirituelle et un approfondissement de leur Foi.

Mise en place d’une équipe d’animation des Pardons

En EAP, (Equipe d’Animation Paroissiale), tant à Paimpol qu’à Plouha, nous avons choisi de mettre en place une équipe d’animation des pardons pour mieux regarder comment nos pardons peuvent être des lieux et temps de tradition mais aussi d’évangélisation et cette deuxième finalité est nouvelle. Pardon des Islandais

Dans un premier temps nous allons faire un « état des lieux » pour mieux appréhender comment se vit aujourd’hui la soixantaine de pardons célébrés sur les paroisses de Plouha-Paimpol.
Dans un deuxième temps, en fonction de l’espace, de la durée du pardon, nous chercherons comment mettre en œuvre les propositions de la loi synodale n° 4.

Il nous faudra aussi tenir compte des pardons pour lesquels il n’y aura ni prêtre ni diacre, mais où l’animation sera assurée par une équipe de laïcs. Le pardon aura une forme modifiée plus d’actualité.

C’est un travail qui se fera sur plusieurs années mais auquel nous avons déjà commencé à nous atteler.

Les chrétiens qui seraient intéressés par cette « équipe d’animation des pardons » peuvent prendre contact avec le secrétariat de Plouha ou de Paimpol.

Abbé Le Forestier