Jeudi 24 mai 2018 — Dernier ajout vendredi 25 mai 2018

Pèleriner, une démarche de foi Enregistrer au format PDF

Depuis des siècles, de nombreux croyants cherchent à inscrire dans leur vie un pèlerinage vers un des lieux forts de leur religion. La Mecque, Jérusalem, Rome… ou encore St Jacques de Compostelle, Lourdes.
Mais de tout temps aussi de tels pèlerinages n’ont pas été possibles pour tous : capacité physique, moyens financiers ou matériels. Alors des lieux plus roches ont fleuri et nous en avons aussi sur notre paroisse. Prenons donc la route au fil de cette année : nous vous proposerons chaque mois des lieux à découvrir.
Mais pourquoi faire ? On peut résumer une démarche de pèlerin à l’aide de quatre verbes : partir, cheminer, demeurer et repartir.

Yvon Garel

PARTIR : Faire un pèlerinage, c’est évidemment partir de chez soi. Abraham est devenu le père des croyants parce qu’il a répondu positivement à la parole de Dieu qui lui disait : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai ». Partir c’est répondre à un appel, faire confiance à une parole entendue, faire crédit à une promesse. Partir, c’est marquer une rupture : une rupture avec les habitudes qui enferment, une rupture qui donne du champ et du recul, une rupture qui traduit l’envie de découvrir autre chose. Partir, pour un chrétien, c’est répondre à l’invitation du Christ qui ne cesse de redire : « Viens et suis-moi ». Partir en pèlerinage, c’est se désinstaller et s’ouvrir à l’inconnu, à la découverte de nouvelles réalités.

CHEMINER : Une fois partis, le cheminement, la route à faire a son importance. La marche oblige à s’investir tout entier : non seulement avec le cœur mais aussi avec le corps. En effet, la foi ne nous vient pas seulement par la tête mais aussi par les mains, par les pieds…Et de plus, la marche impose aussi de se désencombrer. Quand on doit marcher, on laisse derrière soi beaucoup de choses et on se contente de l’essentiel. Marcher, c’est se débarrasser de ce qui n’est pas essentiel et c’est aussi s’en remettre, pour survivre, à l’imprévu des rencontres. Rappelons-nous les déplacements de Jésus passant de village en village, allant à la rencontre des oubliés et s’engageant résolument pour culminer dans son chemin vers la croix. Alors en quoi marcher me dépouille, en quoi cela me permet des rencontres, comment s’y inscrit le chemin de croix de Jésus ? On ne peut pas faire pèlerinage sans partager la Passion du Christ et sans participer d’une manière ou d’une autre aux épreuves qui marquent la vie de nos frères.

DEMEURER : Jésus s’adresse aux premiers disciples. « Que cherchez-vous ? » leur demande-t’il. « Rabbi, où habites-tu ? » questionnent-ils à leur tour. « Venez et voyez » leur répond Jésus. « Ils allèrent donc, ils virent où Il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. » Aller : se déplacer vers Celui qu’on cherche. Voir : ouvrir ses yeux, ses oreilles, son esprit, son cœur pour se laisser prendre. Demeurer : tenir et durer dans cette proximité et cette écoute. La marche vers un sanctuaire, le séjour dans le sanctuaire, correspondent bien à ce triple mouvement. En pèlerinage, dans un sanctuaire, nous sommes invités à demeurer un peu dans un lieu où le Seigneur « signifie » son dessein de salut et d’Alliance. Demeurer, c’est prendre le temps et rompre avec l’agitation ; c’est écouter la parole et l’accueillir comme Parole de Dieu ; c’est évoquer et invoquer : évoquer la grande histoire du salut et invoquer celui dont on croit qu’Il est là.

REPARTIR : Le pèlerinage est un moment important, mais il doit renvoyer au quotidien de la vie. Car le temps n’est pas encore venu pour le pèlerin de rester sur la montagne. Il faut redescendre comme ont dû le faire Pierre, Jacques et Jean après la Transfiguration. Aux femmes cherchant le Crucifié au tombeau, l’ange dit : « Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Allez dire à ses disciples qu’Il vous précède en Galilée ». Le pèlerinage chrétien ouvre sur autre chose, sur un ailleurs. Il renvoie les pèlerins vers la Galilée : ce monde ambigu où coexistent le meilleur et le pire, ce monde souvent éloigné de la foi. Aller en Galilée, c’est accepter d’entrer dans la mission de Jésus lui-même, c’est redire à sa suite : « Le Règne de Dieu est proche ; convertissez-vous et croyez à l’Evangile », c’est annoncer le Règne comme il l’a fait par des gestes, par des signes et par des paroles. Le pèlerinage débouche sur la mission. Il établit dans la paix et bannit la crainte des cœurs. « Soyez sans crainte ».

Yvon Garel (Lignes écrites à l’aide d’une intervention du P. Dubreil, sur le pèlerinage)