Grands témoins du XXe siècle Enregistrer au format PDF

Soeur EMMANUELLE
Jeudi 13 décembre 2018

“Chacun doit trouver où mener son combat pour qu’il y ait plus de joie dans le monde ; le monde est comme un miroir : si tu donnes la joie, tu en reçois”.

“Acharnons-nous pour que l’Homme soit partout respecté”.

Madeleine Cinquin nait le 16 novembre 1908 à Bruxelles.

Elle entre chez les religieuses de Notre-Dame de Sion, le 6 mai 1929 et prend le nom de Sœur Emmanuelle. Diplômée de sciences philosophiques et religieuses, elle prononce ses voeux en 1931 et un an plus tard, quitte l’Europe pour enseigner dans les missions des pays de la Méditerranée. Elle découvre la Turquie, la Tunisie et en 1965, l’Egypte.

En 1971, à 63 ans, à l’âge de la retraite d’enseignante, elle décide de partager la vie des plus démunis et, avec l’autorisation de sa congrégation part s’installer parmi les chiffonniers, dans le bidonville sordide d’Ezbet el-Nakhl, l’un des plus pauvres du Caire où hommes, femmes et enfants survivent en arrachant à une décharge quelques chiffons. Elle consacre alors toute son énergie à venir en aide aux enfants, à faire construire des écoles, des jardins d’enfants, des dispensaires et œuvre pour le dialogue avec les juifs et les musulmans.
Elle s’active sans répit dans la misère quotidienne jusqu’à fonder, alors qu’elle a 74 ans, une association baptisée Association Soeur Emmanuelle (ASMAE) pour professionnaliser ses actions et assurer sa relève. Celle-ci aide aujourd’hui plus de 60.000 enfants du monde entier.
Elle publie son premier livre « Chiffonnière avec les chiffonniers ».
Le président Moubarak lui accorde la nationalité égyptienne en reconnaissance de son œuvre.
En 1993, à la demande de sa congrégation, elle quitte définitivement l’Égypte et ses « amis les chiffonniers » pour prendre sa retraite en France.
La religieuse, qui aurait préféré mourir dans son bidonville du Caire, s’établit dans une communauté de Notre-Dame de Sion dans le Var. Elle consacre alors l’essentiel de son temps à la prière et à la méditation mais jusqu’au bout, malgré la fatigue des ans, garde le souci des plus démunis n’hésitant pas à rendre visite à la communauté Emmaüs la plus proche. Elle lutte aussi pour venir en aide aux sans-abris et aux sans-papiers.

Jusqu’à son dernier souffle, elle partage ses leçons de vie, son invitation à la solidarité envers tout homme, son appel à une religion fraternelle, à la joie, au don de soi.
Soeur Emmanuelle s’éteint dans la nuit du 19 au 20 octobre 2008. Elle allait avoir 100 ans. La petite voix énergique et haut perchée qui appelait sans relâche à la compassion envers les pauvres ne retentit plus mais il reste le témoignage d’une vie et son association qui poursuit son œuvre de solidarité.
Elle puisait le secret de sa joie dans sa foi chrétienne, et dans sa vie entièrement donnée aux autres.
« Dans les bidonvilles où j’ai vécu, on « rigolait ». Pas toujours, bien sûr. Mais la joie régnait, une joie profonde, qui tenait à la solidarité. »

Par delà la mort elle continue de nous délivrer son message : « J’ai pensé à vivre d’amour, et je crois en effet que l’amour est éternel. Plus fort que la mort. La mort attaque tout ce qui est matériel. Mais tout ce qui est don, ce qui est gratuit, ne peut pas mourir. »
À l’occasion de sa mort, le Vatican a salué « une grande figure de la charité chrétienne ».
Un hommage lui a été rendu au cours d’une messe de requiem célébrée en la cathédrale Notre-Dame de Paris ainsi qu’une messe célébrée, selon ses souhaits, à la chapelle Notre-Dame de la Médaille miraculeuse, à Paris.
Soeur Emmanuelle avait été distinguée par la Légion d’honneur en 2002 et élevée à la dignité de grand officier en février 2008.

Michelle Menguy