Grands témoins du XXe siècle : Marie Noël Enregistrer au format PDF

Mardi 25 juin 2019

Marie Noël fut une catholique ardente et sincère, toute donnée à Dieu jusque dans l’épreuve.
« Dieu voyait pour moi plus grand que moi. Il ne m’a pas permis de « m’installer » sur terre. Il m’a forcée à avoir besoin du Ciel. ».

Marie Noël, de son vrai nom Marie Rouget, née à Auxerre le 16 février 1883 dans une famille très cultivée et peu religieuse, est considérée comme la plus grande poétesse du XXe siècle. Elle est l’auteure prolifique de récits, chansons, berceuses, complaintes, contes, poèmes et psaumes qui la délivrent des ténèbres, du doute, de l’attente et de l’effroi de la mort.

Marie Noël
Marie Noël

Sa vie est une lutte incessante contre le mal : un amour de jeunesse déçu, l’attente d’un grand amour qui ne viendra jamais, « il passa devant ma porte sans daigner s’arrêter… ». La mort de son jeune frère un matin de Noël, d’où son pseudonyme, les crises de sa foi…tout est douloureux en elle.

Profondément catholique, passionnée, tourmentée, certains de ses sombres écrits ont une valeur littéraire et une portée émotive très fortes, tel le poème pour l’enfant mort, véritable cri d’une maman écartelée entre sa souffrance et sa foi en Dieu appelant à l’acceptation. Le déchirement entre la foi et ce désespoir, qui culmine dans un cri blasphématoire aussitôt repenti, est particulièrement poignant. Elle entend et comprend les cœurs révoltés, partagés entre l’espérance en un Dieu d’amour et le constat, que dans la vie l’ignoble le dispute à l’immonde.

Rebelle, elle dialogue néanmoins jusqu’à sa mort avec le Seigneur, feignant d’ignorer « qu’on peut discuter tant que l’on veut avec Dieu, tôt ou tard, c’est Lui qui a le dernier mot ». Cependant, la poésie de Marie Noël peut être toute en mélodie, à la fois légère et chantante : « des chansons » comme elle aimait les appeler. Elle veut alors exprimer sa foi inconditionnelle en Dieu et en Jésus.

Dévouée toute sa vie aux plus humbles et aux pauvres et à ceux qui souffrent, elle leur porte secours, assiste les mourants, vérifie la salubrité des logements, s’usant le corps et l’âme et se perdant dans la vie des autres.

Elle meurt le 23 décembre 1967, à quatre vingt quatre ans, célibataire, dans une grande solitude intérieure et sans jamais avoir quitté Auxerre.

A leur Assemblée plénière de printemps, fin mars, à Lourdes, les évêques de France ont voté « l’ouverture de la cause, en vue d’une éventuelle béatification », de Marie Noël.
Si elle est béatifiée, Marie Noël sera sans doute la première poétesse et laïque à l’être.
Cette décision a le mérite d’attirer l’attention sur sa vie et son œuvre un peu tombée dans l’oubli que sa génération a tenue en haute estime et qui a été admirée par des écrivains réputés et reconnus. L’enquête peut durer dix ou douze ans.

Michelle Menguy