Grands témoins du XXe siècle Enregistrer au format PDF

Jean RHODAIN, fondateur du Secours catholique, disciple de la Charité
Jeudi 8 novembre 2018

« Bâtir une société de frères ne saurait rester à l’état de programme. Chacun, là où il est, y a sa part de responsabilité. Chacun y a sa place. »

Jean, Charles, François Rhodain naît à Remiremont dans les Vosges le 29 janvier 1900. Il a toujours souhaité devenir prêtre. « Je voyais le dévouement du curé de Remiremont pour les malades et les pauvres. »

Ordonné prêtre en 1924, il devient curé de deux petits villages et parallèlement est nommé aumônier d’un groupe de Jeunesse Ouvrière Chrétienne Féminine. Très énergique, il organise, innove et étonne : il parle de charité chrétienne tout en accompagnant des cours de cuisine, de comptabilité ou de puériculture.

Il est appelé sous les drapeaux en juin 1940, devient aumônier officiel des prisonniers de guerre, déployant une incroyable énergie pour permettre aux familles d’avoir des nouvelles des captifs, leur envoyer des colis et leur apporter une aide spirituelle : « Quelqu’un connaît nos besoins et s’occupe de nous. Toute notre vie est changée déjà par l’espérance », témoigne un prisonnier.
Pendant quatre ans, il sillonne les camps, en France puis en Allemagne, risque le conseil de guerre, est fait prisonnier, s’évade et continue de soutenir le moral des troupes.
En 1944, le pape Pie XII l’encourage à organiser « une œuvre destinée à fournir l’aide appropriée à cette foule infortunée ».

A la libération, il est nommé aumônier général de l’armée française et des Déportés. Jean Rodhain a appris, la force des liens et des réseaux tissés par les familles. De là, germe une idée, celle de créer une structure qui s’appuierait sur des bénévoles rassemblés en équipes. Il ne souhaite cependant pas fonder ce service seul : pendant la guerre, l’aumônier avait invité les prisonniers au « pèlerinage du retour », à Lourdes. « Si j’en reviens, j’irai… »
Et c’est ainsi que le 8 Septembre 1946, devant des milliers d’anciens prisonniers, à qui il crie : « Aidez-nous ! » Jean Rodhain annonce la création du Secours Catholique.
Il en devient le Secrétaire Général et bâtit un réseau à travers les diocèses.
« Pour le public, c’est une entreprise s’occupant des catastrophes ; pour nous, c’est une entreprise de pédagogie. Nous cherchons à éveiller à des situations. Il faut inventer la charité. »
Le Secours catholique s’organise autour des délégations diocésaines et à travers les équipes locales, dans un souci de proximité, d’efficacité directe. Il faut cependant animer et former les milliers de bénévoles et rendre compte aux centaines de milliers de donateurs.

En 1950, l’Abbé Jean Rodhain est nommé « Prélat de Sa Sainteté » par le pape Pie XII, ce qui lui donne le titre de « Monseigneur » bien qu’il ne soit pas évêque.
Il ouvre plusieurs Cités de Secours à Paris.

A Lourdes, en 1956, ce sera la Cité Saint-Pierre, accueillant les pèlerins du monde entier. Très vite, cet engagement opiniâtre s’impose : « Vous, c’est la charité ! », s’exclame un jour le pape Jean XXIII.

En 1964, le Pape Paul VI confie à Mgr Jean Rodhain la mission d’accueillir et d’héberger à Jérusalem les pèlerins démunis avec une attention particulière pour ceux venus du Moyen-Orient.
Au cœur de la ville sainte, la Maison d’Abraham ouvre ses portes le 25 décembre 1964.

Le soir du 31 janvier 1977, Jean Rodhain, alors à Lourdes, descend à la grotte.
« Nous allons surtout à Lourdes pour écouter Notre-Dame. Elle a si peu parlé dans l’évangile. Ici, la lumière vient de la grotte » avait-il écrit un jour.
Il remonte à la Cité Saint Pierre où il s’éteint paisiblement dans la nuit.
Jean Rodhain souhaitait enraciner dans l’Eglise, un Secours Catholique qui le dépasse et lui survive : « Je ne suis qu’un jardinier, c’est un autre qui récolte. »

Michelle Menguy