Traiter la Terre avec tendresse Enregistrer au format PDF

Mercredi 19 février 2020

Si le pape François n’est pas le premier « pape vert », son engagement à défendre le principe d’une écologie intégrale est un marqueur de son pontificat. La parution récente de l’ouvrage « Notre Mère la terre », après son encyclique « Laudato si » en témoigne. Mais quel est donc son regard sur cette Terre, « mère de toute l’humanité » ?

Yvon Garel

Si le pape François n’est pas le premier « pape vert », son engagement à défendre le principe d’une écologie intégrale est un marqueur de son pontificat. La parution récente de l’ouvrage « Notre Mère la terre », après son encyclique « Laudato si » en témoigne.
Mais quel est donc son regard sur cette Terre, « mère de toute l’humanité » ?

Sa vision s’ancre d’abord sur le regard qu’il porte sur notre culture du 21e siècle pour en souligner les richesses mais aussi les manques graves. Cette culture se fonde sur deux moteurs-clés de notre vie quotidienne : la possession des choses, du succès, de la visibilité, du pouvoir et l’individualisme.
Le monde dans lequel nous vivons nous introduit dans une spirale consumériste qui nous pousse vers un permanent besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer. Et nous vivons enfermés dans notre tour d’ivoire, celle où nous oublions que l’autre existe, « ne reconnaissant plus le don que représente l’autre, du parent au voisin, du collègue de travail au pauvre que je croise sur la route, de l’ami au migrant qui cherche du travail ou un appartement dans lequel vivre… »
Notre souci : défendre nos possessions, nos acquis, notre territoire et parfois à n’importe quel prix.
Et ajoute le pape : « La crise écologique est avant tout un des effets de ce regard malade que nous portons sur nous, sur les autres, sur le monde, sur le temps qui court. »

Alors pour poser un autre regard sur notre mère Terre et pour relever le défi que représente cette crise écologique, il nous faut nous poser les questions essentielles : qui sommes-nous ? pour quoi il vaut la peine de vivre ?

Tout est créature : la Bible, dès les premiers chapitres de la Genèse, nous enseigne que Dieu a créé le monde et donc tout ce qui existe, si petit ou pauvre soit-il, porte en lui cette origine. « Nous sommes créatures, le temps qui passe est aussi créature. »
Et tout ce qui existe pour pouvoir vivre comme un don, comme un amour reçu et donné. « Un don est toujours une réalité personnelle : il comprend, d’une certaine manière, celui qui l’a donné et il demande à celui à qui il est offert de le voir réellement ainsi, comme une réalité transparente du visage du donateur, un don pour faire savoir que l’on s’aime et faire de la vie de l’autre une communion avec soi. »

Et dans la crise que nous vivons, tout est lié. Déjà dans son encyclique « Laudato si », le pape insistait sur cette écologie intégrale englobant l’environnement, l’économie, le social, le culturel, la vie quotidienne. Et c’est donc par cette approche globale que nous pouvons agir local.

Avant tout, notre action passe par un changement de regard, par une nécessaire conversion. Reprenant l’expression d’un jeune interrogé sur le sujet, je dirai : « Il nous faut faire la bascule. Et pour cela, il faut un déclic ! » Traduisez : il nous faut renouveler notre regard et pour cela nous convertir.
A ce regard malade que nous portons sur les autres, sur le monde, substituons un regard du partage, du respect, de la collaboration.
Et si nous découvrons que nous sommes vraiment une seule famille, la famille humaine, alors nous pourrons plus aisément donner priorité à la demande de pardon ; nous deviendrons capables de nous repentir sincèrement du mal fait à la terre, à la mer, aux animaux, aux hommes. Notre chemin de guérison du besoin de possession, de pouvoir, d’abus pour aller vers le partage, la collaboration et le respect est balisée par quatre mots : don, repentir, offrande et fraternité.

Oui, Dieu a besoin des hommes : « Un homme avait un très beau jardin avec des fleurs, une pelouse, une pièce d’eau, un potager et quelques arbres fruitiers. Un de ses amis très religieux aimait lui faire des visites, car il appréciait le calme d’un jardin qui dégageait un avant-goût de paradis. L’ami disait souvent « Dieu et toi, vous avez vraiment fait du beau travail dans ce jardin. »
Il répétait toujours la même phrase jusqu’au jour où le jardinier, agacé, a fini par lui répondre : « Dieu et moi, Dieu et moi…tu aurais dû voir la tête du jardin avant que je n’arrive, quand il n’y avait que Dieu qui s’en occupait ! »

Yvon Garel
« Notre mère la Terre » pape François (Editions Salvator)
Après « Laudato si », l’encyclique majeure du pape François devenue un texte à portée universelle, le présent ouvrage apporte des clés supplémentaires à la vision du Saint-Père sur l’écologie.
Composé de différents textes et autres discours écrits et prononcés depuis 2015 ainsi que d’un texte totalement inédit intitulé « Une grande espérance », ce livre est tout simplement essentiel.